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Stephen King : l'auteur le plus censuré des États-Unis

  • il y a 10 heures
  • 3 min de lecture

Il est l'un des auteurs les plus lus au monde, avec plus de 350 millions d'exemplaires vendus. Ses œuvres ont donné naissance à des dizaines d'adaptations cinématographiques et télévisuelles. Et pourtant, Stephen King est désormais aussi l'auteur le plus censuré des écoles américaines.


Un paradoxe qui en dit long sur la situation actuelle aux États-Unis.


Livre avec drapeau us et citation Stephen King

Les chiffres


Selon le rapport "Banned in the USA" publié par PEN America pour l'année scolaire 2024-2025, les livres de Stephen King ont été censurés 206 fois, avec 87 œuvres concernées. Parmi les titres les plus visés : Carrie, son premier roman publié en 1974, et Le Fléau, son récit dystopique de 1978.


Ce rapport recense au total plus de 6 800 cas de livres retirés temporairement ou définitivement des écoles américaines sur cette même période. Un chiffre en baisse par rapport aux plus de 10 000 cas enregistrés en 2023-2024, mais qui reste bien supérieur aux niveaux d'il y a quelques années, lorsque PEN America ne jugeait même pas nécessaire de produire un tel rapport.


Environ 80% de ces interdictions sont concentrées dans trois États : la Floride, le Texas et le Tennessee. Trois États qui ont adopté ou tenté d'adopter des lois exigeant le retrait des livres jugés répréhensibles dans les établissements scolaires.


Pourquoi ces livres sont-ils censurés ?


Les raisons invoquées pour retirer un livre des rayons sont relativement constantes. Les thèmes LGBTQ+, les représentations raciales, les passages contenant de la violence ou des scènes à caractère sexuel sont régulièrement pointés du doigt.


Dans le cas de King, Carrie traite de la puberté d'une adolescente et de l'emprise d'une mère fanatique religieuse. Le Fléau dépeint une pandémie mondiale qui rappelle, pour certains, un peu trop certaines réalités récentes. Des sujets qui, visiblement, dérangent.


PEN America précise que sa méthodologie diffère de celle de l'American Library Association, qui ne comptabilise que les retraits définitifs. Les chiffres de PEN incluent tous les livres retirés ou soumis à des restrictions, quelle que soit leur durée, ce qui explique des totaux plus élevés.


La réaction de King


Loin de rester silencieux, Stephen King a réagi sur ses réseaux sociaux avec son humour caractéristique :


"Je suis désormais l'auteur le plus banni des États-Unis : 87 livres. Puis-je vous suggérer d'en prendre un et de voir ce qui se trame ? Les libraires moralisateurs n'ont pas toujours gain de cause. On est toujours en Amérique, bon sang."


Il a également appelé les habitants des États concernés à emprunter ses livres en bibliothèque ou à les feuilleter en librairie, pour que chacun puisse se faire sa propre opinion sur ce qui justifie ces interdictions.


Un paradoxe révélateur


Ce qui rend cette situation particulièrement frappante, c'est le décalage entre la censure scolaire et la culture populaire. Alors que ses livres sont bannis des écoles, ses œuvres continuent d'être massivement adaptées sur grand et petit écran. Une nouvelle version de Carrie est en préparation, tout comme un nouveau chapitre de Ça et un remake de Running Man.


L'auteur le plus censuré du pays est aussi l'un de ses plus grands fournisseurs de divertissement culturel. La contradiction est totale.


Ce paradoxe illustre quelque chose de plus large : la censure ne fait pas disparaître une œuvre. Elle lui offre parfois une visibilité supplémentaire, et pose surtout une question fondamentale sur la liberté d'accès à la culture et la confiance accordée aux lecteurs, jeunes ou adultes, pour forger leur propre jugement.


Ce que ça dit du monde de l'édition


Pour les auteurs, cette actualité rappelle une réalité souvent oubliée : écrire, c'est prendre position. Parfois malgré soi. Un texte qui dérange suffisamment pour être censuré est, d'une certaine façon, un texte qui compte.


King l'a dit lui-même, à sa façon. Il en faudra beaucoup plus pour l'anéantir.

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